L'événement devait être mémorable, il le sera. Mais pas pour les raisons que tout le monde attendait. Cette semaine a eu lieu à San Francisco la "DrupalCon", grand raout bisannuel de la communauté Drupal. 3000 personnes étaient attendues, jusqu'à ce qu'un volcan au nom impossible vienne clouer sur leur Vieux Continent une bonne partie des participants européens. Certains firent à leur followers la démonstration indiscutable que de Paris à San Francisco, le chemin le plus dégagé (sinon le plus court) passe parfois par Toulouse, Montréal et Toronto (successivement), tant il est vrai que la géographie a parfois ses raisons que la Raison ne connait pas. Mais la plupart renoncèrent, organisant en divers lieux des "MiniCons" rapidement rebaptisées "DrupalVolCon" (pour le jeu de mot avec volcan, moi aussi j'ai mis deux minutes à comprendre).
Traditionnellement, l'événement démarre par une intervention générale de Dies Buytaert sur l'état de Drupal. La vidéo en est visible ici, et plusieurs résumés en anglais ont fleuri cette semaine. Je les ai tweeté, je les reprends ici - je recommande particulièrement le dernier, très clair et précis.
- Drupal 7: Sooner or later, but hopefully sooner
- Drupal open source CMS due for update
- Drupal upgrade to be slower but more scalable
- Blogging Live: Buytaert on The State of Drupal in 2010 (commencer par en bas)
- More Drupal 7 Details at DrupalCon
- DrupalCon 2010 Keynote Highlights
Je ne m'attarde pas sur la première annonce, le remplacement de CVS par Git, car je ne connais pas la différence - et je vis très bien sans la connaître. Dries a ensuite présenté le RDF désormais intégré à Drupal 7. Le RDF est une manière normalisée (internationale) de décrire des ressources présentes sur Internet, qui permet de les interconnecter entre elles au moyen d'une application ad hoc. Par exemple, rassembler toutes les contributions proposées sur différents supports et flux d'informations (blogs, microblogs, réseaux sociaux), par différentes personnes, sur un même sujet. Selon la typologie des ressources que l'on décrit, on utilise un vocabulaire spécifique et standardisé : par exemple on utilisera le FOAF (Friend Of A Friend) pour structurer les informations relatives à une personne, ou le Dublin Core pour une ressource bibliographique. Si le sujet vous intéresse, je vous recommande de jeter un oeil au blog de Gautier Poupeau : http://www.lespetitescases.net. Concrètement, l'intégration du RDF dans Drupal signifie que les données présentes dans votre site pourront être décrites donc être exposées à d'autres applications (que votre site) donc avoir une audience à la fois plus large et plus pertinente. La vidéo présentée par Dries a été mise par lui sur son blog, et un site dédié a été créé : http://semantic-drupal.com/.
L'adoption de Drupal par de grandes entreprises, et plus particulièrement de grandes entreprises du monde informatique (IBM, ou Microsoft pour l'intégration de SQL Server), signe bien évidemment une étape majeure dans la reconnaissance de plus en plus générale du logiciel. Sur le marché de l'emploi, la demande explose.
Par ailleurs Dries a expliqué que Drupal 7 était armé pour motoriser des sites à fort volume de données, y compris sur d'autres systèmes de base de données "NoSQL". Mais cela se paie par une moindre rapidité d'exécution que Drupal 6. De surcroît, le code de Drupal 7 a pris un sérieux embonpoint (il est deux fois plus lourd que D6).
Drupal est de plus en plus largement adopté ; une recherche conduite par Acquia a permis a Dries d'affirmer que Drupal propulse "1% du web", rattrappant Joomla! mais encore loin de Wordpress (8,5%). Le chiffre a fait frissoner d'aise l'assemblée, et circulé de tweets en tweets ; mais la même enquête a aussi montré que derrière quelques figures de proue très médiatiques, Drupal était surtout utilisé sur de petits sites.
Dries est également revenu sur les questions posées par l'évolution (conceptuelle) de Drupal, et la nécessité de tenir à la fois les exigences du marché haut-de-gamme (lui fournir des fonctionnalités plus performantes) et les nécessités du marché plus courant (rester accessible au commun des mortels). Ce sera clairement LE point sensible dans le développement de Drupal ces prochaines années, celui sur lequel il réussira ou pas sa percée par rapport à la concurrence. Sur ce point, Dries étant à la fois développeur, créateur et chef d'entreprise et en même temps universitaire de formation (sa bibliographie est assez impressionnante !), il est vraiment capable d'une réflexion théorique tout-à-fait pertinente. Il s'est longuement attardé sur un ouvrage présentant le dilemme auquel l'innovateur est confronté dans l'évolution de son produit : quel marché viser (l'utilisateur final ou les développeurs), et comment rester à la fois acccessible et à la pointe en termes de potentiel. Drupal ne doit pas être un produit "bas-de-gamme" par rapport aux logiciels propriétaires, mais il doit rester facile à utiliser pour le non-technicien.
S'agissant de son développement, Drupal 7 est le fruit du travail de plus de 600 contributeurs. Le chiffre est impressionnant, mais en réalité la moitié du travail est abattue par moins de 25 personnes. Un autre chiffre important est celui des "plus de 70 modules additionnels" intégrés au core, qui montre l'apport essentiel de la communauté dans le développement de Drupal. Il est passé cette semaine un tweet exprimant (magie de la langue anglaise qui arrive à dire tout ça en 140 caractères) l'idée que le développement de Wordpress se concentre sur une société (Auttomatic), celui de Joomla! repose sur l'intervention de tierces parties (de sociétés qui maintiennent des composants, souvent payants), et celui de Drupal sur la communauté. Drupal, c'est une grande et belle aventure humaine, car c'est une culture du partage, de la collaboration, de l'innovation.
Mais à côté de cela, Dries aimerait développer une culture de l'exécution. "If you don't schedule it, it is not going to happen". Il l'a déjà dit, la force des logiciels propriétaires est qu'une entreprise est capable de planifier un calendrier (de faire un beau diagramme de Gantt pour parler comme Stéphane qui se reconnaîtra) et d'organiser l'exécution d'un projet. Il importe que la communauté se donne sur ce point une vraie discipline. Drupal 7 n'est toujours pas prêt, alors qu'à la DrupalCon de Paris en septembre on s'attendait à en célébrer la sortie à San Francisco. La conférence étant l'occasion de "code-sprints", on peut espérer qu'il en ressorte une alpha-4, peut-être une première beta rapidement ; mais Drupal 7.1 n'est pas (plus) attendue avant juin dans le scénario le plus optimiste, voire septembre.
Et c'est tout le paradoxe de cette DrupalCon, finalement, que d'avoir à la fois célébré la force de la communauté, en positif (2600 personnes, c'est malgré le volcan la plus grosse conférence jamais organisée) comme en creux : la rapidité avec laquelle se sont organisés les Européens coincés a été saluée par Dries avec raison -- mais dans le même temps manifesté la grande faiblesse de Drupal : l'incapacité à donner un calendrier précis, et à tenir un calendrier annoncé, n'est pas un signal très valorisant, et un réel effort devra être mené là-dessus. Il en va de la crédibilité du modèle de développement de Drupal.
Merci pour ce bon résumé de
Merci pour ce bon résumé de la situation à J - 2 month.
En ce qui me concerne, grosse impatience au sujet de RDF, je commence tout juste à comprendre le concept ^^
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